Etude du portail roman
Etude des polychromies
L’état fragmentaire du portail et des restes polychromes souvent ténus voire disparus ne permettent pas de restituer sa coloration dans son intégralité. Mais les polychromies subsistantes sont suffisantes pour indiquer les couleurs prédominantes de la plupart des éléments décoratifs et iconographiques ; les détails d’ombres, de nuances ou de motifs ont largement disparu, masqués par l’effet du temps.
Plusieurs échantillons ont été prélevés sur des fragments peints représentatifs des différentes parties du portail (10 prélèvements au niveau des jambages, 15 pour le linteau, 10 sur la lunette du tympan et 15 au niveau des voussures).
Les différentes couches qui se succèdent (enduits, couches picturales, rehauts, badigeons) ont été étudiées par microscopie optique, microscopie électronique à balayage couplée à un système d’analyse par spectrométrie de rayons X en dispersion d’énergie (MEB‑EDXS), microspectrométrie Raman, microfluorimétrie UV et spectroscopie Infrarouge (IRTF), ce qui nous permet d’identifier les pigments et les liants.

Schéma récapitulatif de la méthodologie employée pour étudier les peintures murales au Centre de Recherche en Physique Appliquée à l’Archéologie (IRAMAT - CRP2A) – Université de Bordeaux.
D’une manière générale, nous avons pu constater que :
- le bleu (lapis‑lazuli + azurite) est réservé pour le fond des sculptures ;
- le rouge (vermillon, ocre, minium), le vert (pigment vert au cuivre), et dans une moindre mesure, le jaune (jaune de plomb-étain) sont utilisés pour le cadre architectural, les sculptures décoratives et les ailes, vêtements et cheveux des éléments figurés ;
- le blanc (blanc de plomb) et le jaune (ocre) sont utilisés en couches préparatoires ;
- le noir (noir de carbone) est employé en rehaut ;
- les dorures rehaussent les nimbes, les nuées, la mandorle, les pétales des rosettes des voussures, les cheveux des anges, les orfrois.
Scans 3D du portail et de ses vestiges
La maquette en plâtre, exposée au Farinier et réalisée par K. J. Conant et G. Latapie, a été scannée en 3D par la société Dynamic 3D afin d’intégrer le portail roman sculpté dans la maquette virtuelle. Des fragments sculptés remarquables, issus du tri lapidaire effectué ces derniers mois, ont également été scannés et intégrés au nuage de points du portail afin de les présenter dans le film Maior Ecclesia.

Rendu filaire du portail roman de Cluny III obtenu à partir du scan 3D de la maquette en plâtre (réalisée par K. J. Conant et G. Latapie). Des fragments sculptés remarquables ont été intégrés au nuage de points. ©on-situ/Arts et Métiers ParisTech
Essais de restitution colorée du portail
Les propositions de polychromies sont basées sur l’étude physico-chimique des restes colorés des fragments lapidaires ainsi que sur les observations d’H. Kleinschmidt qui a travaillé avec Conant. Bien que simplement visuelles, ses observations peuvent être précieuses car certaines polychromies ont aujourd’hui disparu en raison de mauvaises conditions de conservation.
Dans le cadre de son projet de fin d’étude, l’étudiant Arts et Métiers ParisTech en filière Fontanet N. Poupart a pu travailler sur la colorisation du portail. Il s’agissait d’une première approche en vue de présenter nos hypothèses de travail lors du symposium d’archéométrie se tenant à Tampa. La société Enodo, dans le cadre du salon IMAGINA, a également travaillé à la mise en place d’un rendu plausible du portail. Les textures appliquées sont plus réalistes, en particulier au niveau du rendu des décors métalliques et du grain de la pierre, en termes de micro-volumes.


Premiers essais de restitution des polychromies du portail.
Tout en haut, travaux de N. Poupart (sous Photoshop).
et en dessous, textures réalisées par la société Enodo.
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